Par Annick Champolion, Dominique Fagnart, Jacques Barbier, Marie-Louise Leclercq et Christèle Lefèvre

Extrait du livre Éducation et thérapies intégrées auprès de personnes en situation de polyhandicap

On parle indifféremment de pédagogie conductive ou d’éducation conductive. Les deux appellations sont complémentaires. On utilisera dans le livre l’une ou l’autre en fonction du contexte. Ces deux termes sont employés par tous ceux qui pratiquent depuis son origine l’éducation conductive.

• Le terme « pédagogie » fait référence à l’apprentissage, à la méthodologie d’apprentissage des stratégies spécifiques pour mener avec succès et pertinence une action vers un but. Il sera donc davantage utilisé dans l’explicitation de la façon dont les enfants apprennent, de ce qui favorise, facilite leurs apprentissages.

• Le terme « éducation », quant à lui, renvoie à l’idée d’encourager l’enfant à utiliser ces stratégies au quotidien pour accéder à plus d’autonomie.

Celle-ci concerne donc autant les parents que tous les professionnels proches de l’enfant et englobe tous les moments de sa vie, au-delà des moments spécifiques d’apprentissage.

Comme nous avons élargi l’application des concepts de l’éducation conductive à une population non concernée initialement en Hongrie, nous parlons également d’« approche conductive ». On emploiera donc ce terme comme déjà mentionné dans l’introduction. Cette appellation signifie que l’on cherche à utiliser les ressources, les « outils » de l’éducation conductive auprès de personnes (polyhandicapées, autistes, déficientes mentales…) et dans des contextes (nos institutions avec leur fonctionnement propre) non prévus initialement par le fondateur, le docteur Pető. L’application de l’éducation conductive demande alors des adaptations qui ne nous autorisent pas, par rapport à « l’orthodoxie » conductive, à parler d’éducation conductive telle qu’enseignée au départ en Hongrie.

L’éducation conductive est donc une approche qui combine et intègre éducation et thérapies et fut conçue spécialement pour les enfants en situation de paralysie cérébrale. L’originalité de cette approche est de prendre en compte simultanément et dans tous les moments de la journée autant les aspects moteurs que les aspects communicationnels, cognitifs et psychoaffectifs du développement de l’enfant.

Ces enfants présentent des désordres moteurs liés à un dysfonctionnement cérébral dont les causes sont pré, péri et postnatales (jusqu’à 18 mois) : ces désordres constituent un véritable obstacle non seulement aux premières adaptations mutuelles de l’enfant et de ses parents (ou d’autres intervenants précoces), mais aussi avec son environnement.

Ainsi, c’est toute la dynamique du développement qui se trouve perturbée dans ses composantes à la fois physique, émotionnelle, sociale et cognitive.

Ces difficultés de développement et d’adaptation se manifestent dans tous les détails de la vie quotidienne d’autant plus qu’augmentent et se diversifient les exigences de l’environnement. Peter Rosenbaum1 et collaborateurs2 précisent de fait que le handicap moteur est associé à d’autres difficultés :

« La paralysie cérébrale décrit un groupe de désordres du développement du mouvement et de la posture entraînant une limitation de l’activité motrice. Elle est due à une atteinte non progressive du développement du cerveau survenant pendant la période foetale ou de la petite enfance. Souvent le handicap moteur est accompagné de troubles sensoriels, cognitifs, de la communication, de la perception et/ou du comportement et/ou de l’épilepsie et secondairement de troubles musculo-squelettiques ».

Ce sont toutes ces difficultés qui interfèrent tant avec le développement moteur que psychoaffectif, social et cognitif et contribuent à complexifier le tableau clinique et donc l’approche éducative et rééducative de ces enfants.

L’éducation conductive veut soutenir la dynamique positive de développement de l’enfant en prenant en compte l’intégration constante de tous ses aspects. En ce sens, elle n’est pas une méthode de rééducation motrice en opposition avec d’autres approches utilisées chez l’enfant en situation de paralysie cérébrale.

L’objectif de la pédagogie conductive est d’encourager l’enfant à résoudre par lui-même les problèmes qu’il rencontre dans sa vie quotidienne en apprenant des stratégies spécifiques et pertinentes pour surmonter ses difficultés et arriver à ses fins. Le but ultime étant de permettre à l’enfant/adolescent/adulte de s’intégrer à la société dont il fait partie et d’y participer dans toute la mesure de ses moyens.

« L’éducation conductive apprend aux personnes souffrant de troubles du mouvement d’origine neurologique à :

— Réussir et donc augmenter la confiance en soi et l’estime de soi par l’exploration de son potentiel.

— Faire des choix et prendre la responsabilité de progresser vers l’indépendance.

— Apprendre à réaliser des mouvements utiles qui peuvent être appliqués dans la vie quotidienne.

— Interagir avec d’autres personnes et avec la communauté au sein de laquelle ils vivent.

— Résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien ».

Selon CEPEG (Conductive Education Professional Education Group), Grande-Bretagne Il faut donc mettre en place un processus éducatif qui crée les conditions d’environnement permettant à l’enfant de trouver et d’utiliser à tout moment les démarches adéquates (pas seulement motrices !) pour interagir, communiquer et affronter les problèmes quotidiens.

Cette prise d’autonomie alimentera sa confiance en lui-même et son envie de grandir.

__

1. Professeur de pédiatrie à McMaster University (Hamilton/Canada).

2. Dans Dev. Med.& Child Neurol. 2007, 109 : 8-14