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28.03.2018

Qu’est-ce qu’une addiction ?

Par Christine Deroin

Extrait du livre 100 idées pour aider un adolescent à se libérer d’une addiction

Une addiction (= une dépendance) est le résultat du pirata ge  par une substance psychoactive d’un circuit neuronal essentieldans certains comportements fondamentaux pour la survie del’espèce humaine : le circuit de la récompense.

Rechercher lanourriture, se reproduire, faire face aux dangers, développer uninstinct maternel,… : pour qu’une espèce survive, il faut que lesmembres de cette espèce assurent à tout prix ces fonctions vitalesà travers des comportements adaptés. Au cours de l’évolution, lasélection naturelle a donc favorisé et renforcé ces comportementsen mettant en place dans notre cerveau des réseaux neuronauxdont la fonction est de fournir une forte motivation à les réaliseren associant à leur accomplissement de puissantes sensationsde satisfaction. On parle alors de renforcement positif. Cecircuit complexe résulte de l’activation dans plusieurs structurescérébrales de réseaux neuronaux dopaminergiques (neuronesproduisant de la dopamine comme neurotransmetteur) : désir —>action —> dopamine-satisfaction. Ce système de la récompense s’est ensuite étendu pour nous inciter à répéter les expériences plaisantes de toute nature apprises au cours de la vie, et il pilote maintenant un grand nombre nos comportements.

Or, quand elles entrent dans le flux sanguin, certaines drogues ont précisément comme propriété d’agir directement sur ce système en stimulant ces mêmes réseaux de neurones dopaminergiques dans le cerveau, tandis que d’autres drogues ont au contraire pour effet d’y bloquer la dégradation rapide de la dopamine libérée. Dans les deux cas, le résultat de la
dérégulation des neurones est le même : un sentiment de satisfaction dû à l’augmentation du taux de dopamine dans
les synapses. La répétition des comportements apportant la récompense (libération de dopamine sous l’action de la substance psychoactive) entraîne une augmentation du taux de dopamine dans les synapses, ce qui pousse le cerveau à désirer répéter l’action (renouveler la consommation de la drogue) : la substance psychoactive va « demander » au cerveau de continuer à la consommer : désir —> action —> dopamine —> satisfaction —> désir —> action —> dopamine —> désir etc. Le cerveau en redemande toujours plus, le cercle vicieux se referme : bien qu’étant consciente du caractère nocif de son comportement, la personne dépendante n’arrive pas à s’arrêter. C’est pourquoi, en addictologie, on peut juger du pouvoir addictif d’une substance psychoactive en détectant un pic dans la concentration de dopamine dans l’organisme.

 

Des souris et des hommes

L’expérience décisive qui permit dans les années 1950 de mettre en
évidence ce circuit de la récompense fut le fruit du travail de deux
chercheurs américains, James Olds et Peter Milner. Ils implantèrent
des électrodes dans ces structures de neurones dopaminergiques du
cerveau d’un certain nombre de souris.
En appuyant sur une pédale, les souris pouvaient s’administrer de
petites décharges électriques activant la production de dopamine.
Elles apprirent rapidement à appuyer sur ce levier, et ainsi à
« gaver » leur cerveau de dopamine. L’intensité des décharges ne
faisait qu’accroître leur pulsion à se les administrer, finalement
parfois plus d’une centaine de fois par heure, à tel point qu’elles ne
prenaient même plus le temps de manger…
Cette expérience fut reprise de nombreuses fois et l’on a pu
ainsi montrer que de nombreux comportements innés, comme
l’instinct maternel lui-même, n’était pas aussi forts que le
plaisir procuré par l’afflux de dopamine apporté par le levier,
car les souris abandonnaient leur nichée pour s’administrer
des décharges… Si l’épuisement finissait par les plonger dans le
sommeil, elles s’assoupissaient quelques instants mais reprenaient
dès le réveil leur activité auto-stimulatrice. Elles préféraient
se priver de nourriture plutôt que d’abandonner le levier.
Une personne dépendante à une substance psychoactive fait
exactement la même chose. Sauf qu’elle stimule ses centres du
plaisir et de la récompense non pas à l’aide d’une électrode activée
par un levier, mais en absorbant une drogue ou en obéissant à un
comportement.

source image : snapwiresnaps.tumblr.com

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