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25.09.2019

L’intelligence est-elle héréditaire ?

Par Domitille Gras et Emmanuelle Ploix Maes

Extrait du livre 100 idées pour mieux comprendre ce qu’est l’intelligence

Déterminer ce qui dans notre intelligence relève de notre héritage génétique et ce qui provient de l’acquis a fait l’objet de nombreuses dissensions entre différents courants de pensée, et les débats ne sont pas finis, certains estimant que l’intelligence est principalement héritée, d’autres soulignant l’impact majeur de l’environnement éducatif… On peut schématiquement retenir que notre patrimoine génétique et notre environnement ont tous deux une influence comparable, et surtout que leur interaction joue un rôle majeur.

Piaget a souligné l’importance de ces interactions entre inné et acquis, l’inné s’enrichissant de l’environnement, il pensait que l’essentiel des facultés cognitives émergeait au fil du temps, au gré des expériences. Depuis, les avancées des neurosciences ont mis en lumière les facultés fascinantes des tout petits, certaines aptitudes ayant été mises en évidence dès leurs premiers jours de vie, ce qui a refait surgir des théories plus nativistes, avec

un cerveau qui serait déjà « précâblé ». Mais les apprentissages peuvent être extrêmement précoces, sans que le phénomène soit pour autant inné…

On pense à l’heure actuelle que la pensée est présente à la naissance, et que le bébé naît avec des capacités très précoces notamment concernant la perception : il possède des mécanismes innés d’apprentissage et des réseaux cérébraux qui sont propices au développement de ses facultés cognitives. Par la suite, les interactions entre ces capacités et les réseaux neuronaux d’une part, et l’environnement d’autre part, vont permettre à l’enfant de développer ses conceptions du monde et ses aptitudes intellectuelles.

Pour aller plus loin : les gènes interviennent dans la constitution du cerveau et de son fonctionnement, mais il n’y a pas de « gènes de l’intelligence » : ce sont des centaines de gènes clés pour le neurodéveloppement qui vont s’exprimer différemment selon les gènes environnants et les facteurs influençant leur expression. Génétique ne signifie pas forcément hérité :  d’une part, les gènes font non seulement l’objet de cascades de réactions complexes et de transformations durant la vie embryonnaire, mais aussi, et dès le tout début de la fécondation, d’interactions avec l’environnement ! Ces interactions très étroites et les modifications qu’elles provoquent dans les gènes  relèvent de l’épigénétique. Ces phénomènes importants sont très étudiés dans le domaine de la cognition. Ainsi, des études ont montré que certains enfants élevés par des mères ayant montré peu de conduites de maternage ont une forte expression d’hormones de stress : sous l’effet du comportement de ces mères, des modifications sont intervenues dans les gènes impliqués dans la  régulation du stress, induisant une vulnérabilité importante au stress. Ces modifications épigénétiques liées à l’environnement  peuvent d’ailleurs se transmettre à la descendance, mais cela ne condamne pas pour autant les personnes ayant eu des enfances difficiles : si l’environnement devient ensuite propice, d’autres modifications se produiront…

A contrario, « l’acquis » peut se produire durant la période anténatale : on peut citer le cas des infections atteignant le cerveau du foetus et plus tard entravant l’enfant dans son développement : des causes acquises, mais bien avant la naissance !

Donc l’inné est en grande partie acquis, et l’acquis peut se produire dès la conception (la lecture de ce chapitre est un test d’évaluation de votre intelligence…).

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