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10.01.2019

Mémoire et dyslexie

par Béatrice Risso

Extrait de l’ouvrage 100 idées pour développer la mémoire des enfants.

La dyslexie est un trouble spécifique de l’apprentissage du langage écrit ; elle est généralement associée à une dysorthographie. Il s’agit d’une altération spécifique et significative de la lecture et/ou de la production d’écrit et de l’orthographe. Les difficultés apparaissent dès le début de l’apprentissage, souvent sous la forme d’une difficulté à maîtriser le stade dit « alphabétique » de l’apprentissage de la lecture ; c’est-à-dire le moment où l’enfant commence à associer la lettre et le son qu’elle produit.

Au stade suivant, dit « stade orthographique », où l’enfant est capable d’analyser le mot en fonction des plus petites unités de significations, le trouble se manifeste par une incapacité à mémoriser la forme visuelle des mots et à la reconnaître globalement. Cela entraîne une lecture hésitante, ralentie, émaillée d’erreurs qui a pourtant exigé beaucoup d’efforts à l’enfant. A ce stade, l’orthographe, qui devrait se développer parallèlement à l’automatisation de la reconnaissance globale des mots, est atteinte.

La dyslexie est d’intensité variable selon les enfants et peut s’accompagner de « comorbidités », c’est-à-dire de troubles associés comme un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, un trouble de la coordination motrice et, en particulier, du graphisme (dysgraphie), un trouble du calcul et/ou de la numération.

Les conséquences de la dyslexie sont multiples, à la fois dans les apprentissages que dans le développement psycho-affectif de l’enfant. A l’école, il sera repris pour la mauvaise tenue de ses cahiers, souvent incomplets, illisibles ou incompréhensibles ; ses difficultés en lecture ne lui permettent pas d’accéder aisément à l’information disponible dans les textes, les documents ou les livres ; les difficultés d’apprentissage peuvent diffuser dans toutes les matières si l’enfant ne comprend pas les énoncés écrits ; l’enfant est fragilisé psychologiquement et l’estime de soi est très diminuée ; il peut prendre l’école et les apprentissages en grippe.

L’apprentissage de la lecture met en œuvre de manière complexe les différents systèmes de mémoire. La mémoire sémantique est bien évidemment impliquée puisqu’elle renvoie aux connaissances générales entretenues sur le monde comme par exemple la compréhension des mots ; c’est une mémoire qui permet à la fois une connaissance, une reconnaissance et l’établissement de multiples liens associatifs dans ces connaissances. La mémoire procédurale est également très impliquée dans l’apprentissage de la lecture car c’est elle qui gère l’acquisition des automatismes comme par exemple, l’acquisition des règles de conversion entre un graphème et un phonème ou l’acquisition du lexique orthographique.

Les chercheurs ont mis en évidence un défaut de mémoire verbale à court terme chez les enfants dyslexiques ; la mémoire de travail est spécifiquement déficitaire quand il y a un trouble attentionnel associé. Généralement, la mémoire verbale est moins bien développée que la mémoire non verbale (sauf quand l’enfant souffre d’une dyspraxie associée). Le développement de la mémoire à long terme ne semble pas impliqué dans le degré de dyslexie.

Les atteintes mnésiques doivent être différenciées en fonction du type de dyslexie dont souffre l’enfant. On distingue en effet différents types de dyslexie selon les atteintes des « voies » de lecture : la dyslexie phonologique ; la dyslexie de surface ; la dyslexie mixte et la dyslexie visuo-attentionnelle.

  • Dans la dyslexie phonologique qui représente 60 à70 % des cas d’enfants dyslexiques, c’est la voie de lecture par assemblage qui est touchée, c’est-à-dire que les enfants ne parviennent pas à maîtriser le code alphabétique et à « convertir » les lettres ou les graphies en sons. Ces enfants présentent généralement un déficit de la mémoire auditive, de la conscience phonologique, une mauvaise discrimination auditive avec confusion de sons auditivement proches, des difficultés à lire des mots nouveaux et des contre-sens liés à l’absence de contrôle phonologique. La mémoire visuelle est généralement conservée et c’est sur elle que devra donc s’appuyer l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe, avec des méthodes utilisant les gestes comme la méthode Borel Maisonny, en sollicitant la modalité visuelle avec des affiches mettant en évidence les caractéristiques orthographiques des mots par exemple.
  • Dans la dyslexie de surface qui concerne entre 30 et 40 % des cas d’enfants dyslexiques, c’est la voie d’adressage qui est touchée, c’est-à-dire que l’enfant a des difficultés à reconnaître la forme globale d’un mot Les enfants présentent une atteinte de la voie visuelle et surtout de la mémoire visuelle ; ils ne peuvent pas mémoriser à long terme la forme globale d’un mot et devront donc le déchiffrer à chaque fois qu’ils le rencontreront car ils n’accéderont pas à son « image » stockée en mémoire à long terme , ils ne pourront pas construire de lexique interne auquel se référer. La mémoire auditive étant correcte, c’est sur elle que les apprentissages devront donc s’appuyer.
  • Il existe également des dyslexies mixtes qui sont les plus sévères car en ce cas les deux voies de lecture, adressage et assemblage, sont touchées. La mémoire visuelle et la mémoire auditive sont affaiblies. L’apprentissage de la lecture sera donc difficile et devra s’appuyer sur la modalité sensorielle la mieux développée.
  • Le dernier type de dyslexie, la dyslexie visuo-attentionnelle, est une dyslexie plutôt rare chez l’enfant. Celui-ci présente des difficultés attentionnelles ainsi que des difficultés de motricité de l’œil et de discrimination visuelle. Ces difficultés entraînent des confusions de lettres visuellement proches, des difficultés en copie et des troubles du lexique interne. La prise d’indices en lecture est faussée par une difficulté à sélectionner l’information pertinente en raison du déficit visuo-attentionnel. La mémoire visuelle peut paraître également altérée en raison d’un mauvais fonctionnement de la perception visuelle mais il est difficile de faire la part des deux.

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