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20.04.2016

Education civique : l’école, un milieu protégé ?

par Marie-Lou Bernard & Henri Berquin

Extrait de l’ouvrage 100 idées pour une éducation civique.

On dit que ce qui rend l’individu humain éducable, c’est justement sa fragilité première, son côté « kangourou », un être pas tout à fait terminé à sa naissance. D’où la légitimité d’un milieu scolaire « protégé » d’influences extérieures non filtrées, pour permettre au processus éducatif de s’exercer sans perturbations.

Mais comment fonctionne ce filtrage ? Qu’est-ce qu’on choisit de laisser entrer, selon quels critères… et d’ailleurs choisit-on vraiment ? Que disent les textes officiels à ce sujet ?

Les textes les plus clairs, et aussi les plus anciens, concernent la laïcité. Ceux qui ont trait à la sécurité sont centrés sur l’espace de l’école elle-même, et sur son environnement immédiat. Enfin, des textes récents se sont focalisés sur les atteintes sexuelles à l’intégrité de l’enfant. Mais pour la publicité, et les innombrables tentatives d’immixtion de la société marchande dans la vie de l’école, c’est beaucoup moins net.

Le problème de l’ouverture de l’école sur son milieu, très en vogue il y a trente ans, semble avoir fait place à un souci obsédant de sécurité. Faut-il choisir entre les deux tendances : la forteresse ceinte de remparts ou la ville ouverte ? Si on envisage l’école comme un « système », on devra simplement constater que plus celui-ci s’ouvre sur le milieu, moins il se réfère à ses bases institutionnelles et inversement. Et la notion de frontière s’avère définitivement impossible à marquer nettement : les usagers de l’école importent bien des comportements qui n’ont rien de scolaire, et l’école à son tour exporte vers le milieu environnant des dispositifs s’inspirant grandement de son idéologie.

Ce n’est peut-être pas en termes de « territoire » qu’il faut penser le problème, mais plutôt d’organisme vivant,  dont les échanges avec le milieu, indispensables si on veut éviter l’asphyxie, doivent s’établir sans compromettre son autonomie ou, si l’on veut, son identité.

Exemples de filtrages :

– les objets non autorisés à l’école : signes extérieurs « ostentatoires », armes et objets « dangereux », (voir les règlements des écoles pour d’autres interdictions) ;

– les paroles non autorisées : injures, propos racistes, langage « incorrect », propagande religieuse et politique ;

– les gestes non autorisés : brutaux, insultants, dangereux…

L’action éducative consiste pour une part à faire comprendre le bien fondé éventuel de ces exclusions ; mais surtout à aider l’enfant à comprendre par lui-même ce qui est indispensable à sa vie dans le groupe social.

Le filtrage par l’institution ne peut être au mieux qu’une mesure provisoire, donnant à l’enfant « le temps de respirer ».

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