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19.01.2021

Le bilan psychomoteur et les bilans complémentaires

Par  Anne Bonneil et Clara Meunier

Extrait du livre Psychomotricité et troubles psychomoteurs

L’outil indispensable du psychomotricien dans l’établissement d’un diagnostic est le bilan psychomoteur, « véritable lecture du corps » qui évalue les grands édifices de la personne (Soubiran et Coste, 1974).

En libéral, il se fait sous prescription médicale, mais n’est pas encore remboursé par la sécurité sociale.

Lors du bilan, le psychomotricien va chercher à évaluer les capacités et les difficultés psychomotrices, psychoaffectives et cognitives du patient à un moment précis. C’est un examen qui consiste à appliquer, selon l’âge et la pathologie du patient, les mêmes épreuves à chacun d’entre eux pour établir une base stable au diagnostic et aux hypothèses cliniques.

Le bilan est composé d’épreuves et de tests standardisés. Ces derniers ont une cotation stricte permettant de comparer les résultats d’un patient à son groupe de référence et ainsi le situer par rapport à une norme. Le recours à ces tests permet une information plus objective.

En plus de ces tests très cadrés, le psychomotricien utilise son observation clinique pour nuancer les résultats obtenus par le patient. Cette observation permet d’analyser plus précisément les causes d’un échec ou les stratégies utilisées par le patient pour réussir.

Le bilan psychomoteur permet donc la mise en place d’un projet thérapeutique unique, adapté à chacun. Il s’étale généralement sur plusieurs séances.

Il permet d’émettre des hypothèses qui devront être croisées avec des bilans complémentaires afin de poser un diagnostic fi able.

Des bilans complémentaires peuvent être conseillés par le psychomotricien. Selon les bilans à réaliser, une ordonnance peut être nécessaire. Il faudra alors s’adresser au médecin de la structure qui suit le patient ou au médecin généraliste. Il s’agit des bilans suivants :

Orthophonique : il est effectué par un orthophoniste, sous prescription médicale, et est remboursé par la sécurité sociale. Il s’adresse aux personnes de tout âge pour valider des hypothèses de troubles en lien avec la parole, la pragmatique du langage, l’articulation, le langage oral ou écrit (dyslexie, dysorthographie), l’oralité (déglutition, praxies buccales) ou encore des troubles logico-mathématiques (dyscalculie). Chaque orthophoniste peut être plus ou moins spécialisé dans un de ces domaines.

Psychologique : une prescription médicale n’est pas indispensable. En libéral, ce bilan n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Le bilan psychologique est pratiqué par des psychologues cliniciens et peut tester les fonctions cognitives par le biais de la passation d’un test de QI (quotient intellectuel), mais il peut aussi s’intéresser à la vie affective, relationnelle et fantasmatique du patient par le biais de tests projectifs.

Neuropsychologique : une prescription médicale n’est pas indispensable. En libéral, ce bilan n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Le bilan neuropsychologique est effectué par un neuropsychologue. Il teste les fonctions de langage dans ses versants de compréhension et d’expression, mais aussi la mémoire, l’attention, les fonctions exécutives (planification, flexibilité mentale, inhibition, mémoire de travail), visuo-spatiales, visuoconstructives et les gnosies (visuelles, auditives, sensitives). Aussi, le bilan neuropsychologique s’intéresse aux fonctions cognitives (quotient intellectuel). En dehors du neuropsychologue, les psychologues (cliniciens, du développement ou scolaires) peuvent aussi pratiquer le bilan intellectuel de façon isolée (QI).

Ergothérapique : il est pratiqué par un ergothérapeute, sous prescription médicale, mais n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Ce bilan peut être demandé afi n de voir s’il est possible de proposer au patient des aménagements concrets dans son quotidien par rapport au trouble qu’il présente.

Oto-rhino-laryngologique (ORL) : il se fait sous prescription médicale et est remboursé par la sécurité sociale. Il est effectué par un otorhino- laryngologiste et peut nous intéresser, car il donne des informations précieuses concernant l’ouïe (passation d’un audiogramme), l’équilibre et la voix, entre autres.

Ophtalmologique : une prescription médicale n’est pas indispensable pour effectuer ce bilan qui est remboursé par la sécurité sociale. C’est  un examen des yeux fait par l’ophtalmologue qui s’intéresse à l’acuité visuelle. Il peut être couplé avec un bilan orthoptique , effectué par un orthoptiste, qui nous renseigne sur la mobilité oculaire.

Neuropédiatrique :  ce bilan est une spécialité de la médecine infantile. Il est effectué par un neuropédiatre, souvent lorsqu’un médecin traitant (ou celui de la structure dans laquelle est suivi le patient) a besoin d’un avis spécialisé. Ce bilan s’intéresse au fonctionnement du cerveau, du cervelet, de la moelle épinière et des nerfs. Il est parfois demandé pour confi rmer une hypothèse de troubles des apprentissages, mais aussi pour être sûr de ne pas passer à côté d’un trouble neurologique plus important. Des examens complémentaires peuvent être demandés par le neuropédiatre (examen génétique, électro-encéphalogramme…).

Sanguin :  certains symptômes peuvent être en lien avec un dysfonctionnement endocrinien, des carences vitaminiques ou autres. En conséquence, il est important de demander un avis spécialisé. Une ordonnance sera indispensable, elle pourra être faite par un généraliste ou le médecin de la structure qui suit le patient.

Les bilans cités plus haut peuvent mettre en lumière d’autres diffi cultés qui, une fois traitées, peuvent réduire l’impact de certains troubles psychomoteurs. Ces bilans sont donc indispensables avant tout début de rééducation en psychomotricité.

Il est important de comprendre que ce sont les conclusions des divers bilans qui permettent de poser un diagnostic fi able. De plus, des troubles comme les TSA ou les dysphasies peuvent avoir une symptomatologie assez proche, d’où l’importance de réaliser différents bilans qui pourront faire le différentiel.

Le psychomotricien ne travaille pas seul, mais en lien avec une équipe pluridisciplinaire . Il se doit d’interagir avec le médecin prescripteur, les professionnels paramédicaux et psychologues qui suivent le même patient. En parallèle, il est indispensable d’être en lien avec l’ensemble du réseau (scolaire, familial et social) du patient afi n d’avoir une vision globale du fonctionnement de ce dernier. Ce travail est évident en institution comme en cabinet libéral.

Une fois tous les éléments mis en commun et les différents bilans réalisés, le diagnostic doit être validé par un médecin (le généraliste, celui de la  structure de soins, le neuropédiatre…). C’est alors qu’un projet de soin individualisé est proposé.

La reconnaissance des troubles par la MDPH

 Il est parfois important de faire reconnaître le trouble psychomoteur diagnostiqué par la Maison Départementale des Personnes Handicapées  (MDPH). Il faut entendre par handicap quelque chose de visible ou d’invisible qui empêche le patient de fonctionner normalement dans un domaine précis.

L’acceptation par le patient lui-même ou les parents, lorsqu’il s’agit d’un enfant, n’est pas évidente, mais contribue à la reconnaissance du handicap par la société et l’école. Celle-ci est essentielle pour la prise en compte des difficultés et la mise en place d’aménagements scolaires, l’orientation vers des structures de soins mieux adaptées pour ne citer que ces exemples.

Demander à rencontrer l’assistante sociale du lieu de soin ou celle de secteur pour la constitution du dossier MDPH peut s’avérer une aide précieuse.

Photo by Alex Green from Pexels

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