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27.07.2020

Quelle méthode efficace pour apprendre les comportements sociaux aux enfants ?

Par le Dr Mehdi Liratni

Extrait de notre nouveauté 100 idées pour enseigner les habiletés sociales

Pour qu’un comportement se répète et s’apprenne, il faut le récompenser !

Les comportements sociaux, les plus basiques comme les plus élaborés, obéissent tous, sans exception, aux mêmes lois : celle de l’apprentissage par conditionnement opérant (Skinner, 1991, 1992). De quoi s’agit-il ? Il s’agit du fait que certains comportements vont se répéter face aux mêmes situations, car, à plusieurs reprises, ces mêmes comportements ont une conséquence positive (gratifications sociales…). On appelle ce phénomène : le renforcement positif. Certains comportements se « renforcent » (face aux mêmes déclencheurs) alors que d’autres vont diminuer s’ils ne sont pas « renforcés ». Par exemple, quand un bébé imite un modèle de mouvement proposé par un parent (lever les mains…), le parent va lui sourire, le chatouiller, le féliciter. Le bébé « neuro-typique », très sensible à ce type de conséquences positives, imitera très probablement à nouveau son parent les prochaines fois. Skinner (1992) est un des chercheurs les plus célèbres ayant démontré ce paradigme du renforcement positif et du conditionnement opérant. Il a posé les jalons d’une discipline répondant aujourd’hui aux plus hauts standards scientifiques : les sciences de l’apprentissage et du comportement. Skinner a souvent été décrié, voire moqué, par d’autres chercheurs qui jugeaient son rapprochement entre l’apprentissage animal et l’apprentissage humain trop simpliste, car la plupart de ses premiers travaux éminents se sont basés sur des comportements animaux (Skinner, 1991). Au passage, c’est bien mal juger les animaux et certaines formes de leurs intelligences, parfois subtiles, qui nous échappent encore. Bref, cette critique « facile » passe ainsi régulièrement sous silence toute la rigueur scientifique développée en science comportementale de l’apprentissage. Les détracteurs de Skinner, bien évidemment, connaissent souvent mal, voire ignorent certaines de ses  démonstrations implacables qui positionnent aujourd’hui cette science parmi les théories et méthodes d’apprentissage les plus documentées sur le plan scientifique. Mais surtout les plus efficaces face à d’autres approches thérapeutiques ou méthodes d’enseignement. Pourquoi ? Eh bien, car l’objet d’étude « apprentissages et comportements » est considéré comme  un objet scientifique dont il faut dégager des lois logiques et pragmatiques. La façon d’appréhender (l’apprentissage et les comportements) étant scientifique, des données robustes, fiables et reproductibles ont pu émerger de ces études.

Dans le livre 100 idées pour enseigner les habiletés sociales, je fais très souvent référence à la méthode « comportementale » d’apprentissage appelée ABA (Applied Behavior Analysis, Analyse Appliquée du Comportement, Rivière, 2006, Leaf & Milcent, 2006). Cette méthode est strictement fondée sur les travaux en sciences comportementales de l’apprentissage. Le recours précoce et intensif à cette méthode est aujourd’hui recommandé dans le monde entier pour l’accompagnement des enfants (et adultes) avec autisme (Haute Autorité de Santé, 2012). Outre Atlantique (États-Unis, Canada), cette approche est également largement diffusée pour tout type de public, que ce soit pour les enfants « neuro-typiques » ou pour les enfants à besoins particuliers. En effet, si cette méthode est scientifique et efficace, pourquoi la cantonnerait-on à un seul type d’enfants ? Nous regrettons d’ailleurs que cette méthode ne soit pas enseignée prioritairement dans les centres de formation français d’enseignants ou d’éducateurs, ce qui permettrait un gain de temps et d’efficacité conséquent étant donné sa possible application à tout type de public.

 La motivation : intrinsèque et extrinsèque ? Valeurs personnelles ou récompenses ?

Nous plébiscitons particulièrement cette méthode ABA chez l’enfant, mais il nous semble très important de parler dès maintenant de motivation « intrinsèque ». De manière opposée à la motivation extrinsèque (que l’on pourrait schématiser par « travailler pour des récompenses externes »), la motivation intrinsèque est une motivation qui nous pousse à agir grâce à des récompenses « internes » (être fier de soi, faire quelque chose qui a du sens, qui a de la valeur). Il est démontré que, chez l’adulte, c’est la motivation intrinsèque qui est la plus opérante dans le domaine du travail (Pink, 2016) (psychologie des entreprises…) et du changement comportemental (arrêter de fumer, se mettre au sport…). Le problème est que chez l’enfant, la motivation intrinsèque est, au départ, difficilement source de changement comportemental. Par exemple, le fait de savoir que se brosser les dents va aider à avoir une bonne hygiène, va éviter les caries, est une manière de prendre soin de sa santé… n’est souvent pas perçu comme une récompense suffisamment puissante pour engager les enfants à le faire tous les jours sans aucun rappel. Et surtout pour maintenir ce comportement dans le temps. Ainsi, même si nous parlerons sans cesse de félicitations et récompenses « externes » dans cet ouvrage, il est important de dire que, pour de nombreux apprentissages, parallèlement à la récompense, nous expliquerons à l’enfant la valeur éducative, morale et altruiste que peut avoir tel ou tel apprentissage, dans le but d’éveiller, peu à peu, cette motivation intrinsèque.

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